Vers une majorité nouvelle

Voici la version longue de ma tribune dans Libération le lundi 5 mars 2012

La France est en crise. Durable du point de vue économique, sévère du point de vue social, structurelle du point de vue écologique, c’est une crise de modèle, une crise systémique. La montée du chômage, l’explosion du prix des matières premières et fossiles, le déficit budgétaire, les déficits extérieurs records, la marginalisation de l’Europe ou encore la crise du vivre ensemble en sont autant d’alertes rouges.
Pendant ce temps, le spectacle politique proposé reste affligeant. L’appartenance à un camp continue de prévaloir sur une majorité d’idée et un esprit de responsabilité qu’il serait pourtant vital d’adopter pour redresser le pays.
A l’approche d’un rendez-vous crucial, je tiens à remettre au centre du débat les atouts d’une majorité nouvelle, un choix original qui, s’il est retenu par les français, renversera la table et tirera enfin tous les enseignements des échecs successifs des majorités précédentes.

-Aucune leçon à recevoir et rien à attendre des majorités classiques

Disons-le sans ambages, nous n’avons plus à rien à attendre de l’alternance classique: depuis 30 ans les majorités dites claires se sont succédées au pouvoir mais d’un coté comme de l’autre, le résultat n’est que désillusion.

Le bilan de Lionel Jospin sur les réformes de fond, les français l’ont tranché le 21 avril 2002. S’il est absurde de dire que tout fut raté, la gauche a manqué son rendez-vous. Soyons sérieux : qui peut croire un instant qu’une supposée « nostalgie » de la gauche plurielle pourrait susciter une nouvelle vague d’espoir chez les français?

Qui plus est, le logiciel de la gauche d’aujourd’hui n’est plus à jour et il est insuffisant face à la situation actuelle. C’est en tout cas mon sentiment. Tétanisée depuis le referendum de 2005 sur la Constitution européenne, la gauche française reste sur la défensive au même titre que les gouvernements européens sociaux-démocrates incapables de trouver une position commune lorsqu’ils  étaient majoritaires dans l’Union européenne. Ces derniers n’ont pas été aptes à fournir les solutions qui exigeaient de la réactivité et de la force face à l’urgence de la crise. La relation de confiance avec les citoyens s’en trouve aujourd’hui largement altérée.

Plus récemment et de manière plus caricaturale encore, la majorité actuelle aux manettes depuis dix ans a fini par casser définitivement l’illusion du changement de l’alternance classique. Le Mouvement Démocrate fut particulièrement bien inspiré d’avoir refusé tout net le piège d’une ouverture de façade. Les manquements se sont démultipliés dès le début du quinquennat. La suite ne fut que succession de revirements et « godillages » sans prise concrète sur le cours des évènements. C’était prévisible. Le fil du mandat fût définitivement perdu lorsque le président Nicolas Sarkozy s’est révélé, après le discours de Toulon prisonnier à la fois de lui-même et d’une majorité plus idéologique que cohérente ; et d’une posture grotesque sur le bouclier fiscal. La suite a été consacrée à la recherche piteuse et désespérée de boucs émissaires: la gauche, les chômeurs, les étrangers, et même les défenseurs de l’environnement. Du tumulte, rien que du tumulte qui ne saurait masquer leurs erreurs et leur manque patent de réactivité face aux défis de l’époque.
En ce sens, la majorité nouvelle aura pour mission de répondre aux attentes des citoyens déçus des alternances traditionnelles. L’enjeu est bien de sortir définitivement de la paralysie de l’action politique, engluée dans des idéologies figées et immuables.

En dépit de ce que pensent des esprits volontairement étriqués, la démocratie existe aussi dans le rassemblement et pas seulement dans l’alternance. Lorsque l’on entend les deux blocs définir la démocratie parlementaire, on se confronte au kafkaïsme du rôle qu’ils se donnent: la majorité propose, à vrai dire impose, et l’opposition « fait son travail », elle s’oppose. L’obstruction des réformes et la stagnation de la France sont le fruit de cette opposition quasi systématique, où les votes des représentants du peuple se font bloc contre bloc, sous un prisme partisan aux dépens le plus souvent cynique de l’intérêt général. C’est de ce genre de démocratie dont la gauche et la droite se targuent !

Les déçus de cet échec de l’alternance classique, de cette parodie de démocratie,  sont nombreux. J’en fais partie: homme de gauche, écologiste et démocrate, je cofonde (après avoir soutenu, sans passion mais avec raison, Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle), le Modem, sûr de l’idée directrice qu’il fallait tenter autre chose.

Le chemin est escarpé. Nous y sommes et le rendez-vous du mois de mai est déterminant. La France traverse une crise sans précédent: le refus de voir les vrais problèmes est largement à l’origine des laxismes, des demi-décisions et du saupoudrage auxquels on ne s’est que trop accoutumé.

-Une Majorité nouvelle, un esprit d’union nationale:

Pour déverrouiller un système politique usé, pour stopper le déclassement social et économique, il n’y a qu’une seule voie : celle de l’unité, de la résistance à une alternance d’habitude. Cette majorité nouvelle se fonde sur une démarche simple : elle trouve ses fondements dans les difficultés rencontrées par le pays.
Face au mur, rappelons que, de la résistance étaient sortis en 1945, la création de la sécurité sociale, un réveil industriel sans précédent, des droits fondamentaux nouveaux pour les citoyennes et citoyens français.

Aujourd’hui, la crise est globale, tellement grave qu’elle demande un même esprit de résistance: nous devons entendre le mécontentement des français, et au-delà des européens, afin d’y répondre de manière ambitieuse et efficace. Oui, c’est possible.

En ce sens, François Bayrou a retrouvé toute sa place dans le débat politique. Les leçons bien polies, les appels et les coups de pied que nous recevons aujourd’hui sont pour le moins incongrus lorsqu’on mesure le bilan des majorités qui se sont succédées en France depuis 30 ans. Sachons tenir bon.
Si les majorités dites claires avaient été puissantes cela se saurait. Nous nous proposons de mettre un terme à cette impuissance.

Chacun peut continuer à se regarder le nombril, on peut aussi faire l’inverse et s’engager vers une prise de conscience. C’est le choix que j’ai fait en 2007 et,  je persiste à le croire bon et porteur d’espoir pour 2012.

-Une majorité nouvelle, avec qui et pour faire quoi?

Ce qui se passe aujourd’hui autour de François Bayrou est le début d’une dynamique novatrice que nous souhaitons renforcer: il s’agit pour nous de faire travailler au sein de cette majorité nouvelle des personnes d’origines et d’expériences aussi diverses que complémentaires, en s’appuyant notamment sur des personnalités issues de toute la société civile à l’instar des formations syndicales, associatives et culturelles.
Des progressistes et des gaullistes sociaux aux écologistes responsables,  des centristes humanistes aux radicaux de tous bords, des associations aux acteurs de terrain qui ne se retrouvent pour l’instant en rien  dans l’offre politique: nous allons travailler et proposer ensemble. Je le répète, nous ne serons pas de trop pour penser et conduire les réformes.
Conduire une nouvelle politique qui se concentrera sur l’élévation de notre pacte républicain. C’est précisément l’inverse de ce que font N. Sarkozy et  son entourage depuis 5 ans : eux  n’ont cessé de tirer vers le bas  notre devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité. Nous, nous proposons de rétablir notre pacte républicain, de tirer vers le haut les valeurs et les principes qu’il contient. Dans ce cadre, celles et ceux qui ne se reconnaissent plus dans les propos et les politiques menées par N. Sarkozy  et  qui sont  désireux de tourner la page sont  les bienvenus pour redonner du sens à notre pacte républicain.
Tel un Nouveau Conseil National de la Résistance, la majorité nouvelle sera inclusive et non pas exclusive. Elle sera réunie autour d’un programme concret et intelligible que nous construisons et enrichissons jour après jour sur des valeurs républicaines, démocrates, humanistes, sociales et écologistes.

La majorité nouvelle s’attachera à rebâtir avec les français un nouveau contrat de société. Remettre la France sur pied par des contrats nouveaux qui seront validés par une large majorité: contrat démocratique, social, environnemental, budgétaire, industriel, européen. Nous avons besoin de repartir sur de nouvelles bases pour élever notre république.

L’Union européenne, à la peine aujourd’hui, sera le cadre pour prolonger notre action vigoureuse de rassemblement. Là aussi, grâce à son engagement pro européen, sa sensibilité à cette priorité, François Bayrou a une crédibilité précieuse et inédite. Lui seul peut rassembler et faire gouverner ensemble des personnalités européennes de grande envergure capables de redonner du sens au projet européen.
La nécessité collective de sortir de la crise par le haut est bien là et se réalisera. L’électrochoc que constituera la formation de cette majorité nouvelle a deux atouts clés qui méritent d’être mis en avant : tout d’abord, loin de la démagogie ambiante, elle  donne le top départ d’un sursaut qui ne s’adresse pas à un camp ou à un autre mais à l’ensemble des français. Deuxièmement, libre des recettes éculées, elle invite, elle oblige à rechercher des idées et des propositions nouvelles.

F. Bayrou, par son parcours, son histoire, est dans cette campagne le seul à pouvoir porter ce message avec force et conviction.  Le changement à attendre, il vient de cette voie-là. Dans les tous prochains jours, le choix se fera donc entre une France clivée, N. Sarkozy / F. Hollande et une France unie à qui rien ne résistera.

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"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point