Supply Chain : Jean-Luc Bennahmias répond aux questions de Novethic

Novethic a interrogé le candidat à la primaire de gauche, Jean-Luc Bennahmias, sur la chaîne d’approvisionnement : compétences délocalisées, main d’œuvre moins chère, désindustrialisation… Ces sujets relèvent de la responsabilité des États tout comme des entreprises. Ils génèrent des crises sociales, migratoires et humanitaires. Et parfois des guerres. Ses réponses ci-dessous :

Pensez-vous devoir installer le sujet « chaîne de sous-traitance » dans le débat public ?

Je réponds oui ! Même si je parlerais plutôt d’économie circulaire, qui part du produit, et de la façon dont il est conçu… L’idée étant de réfléchir dès la conception, la fabrication, à un cycle de recyclage et de durée de vie. Si on mettait d’ailleurs ce principe d’économie circulaire en place on répondrait à une part très importante de la question. Il existe déjà des think thanks, des bureaux d’études, et un institut comme l’Institut de l’économie circulaire, dont je suis membre, qui travaillent à ces questions. Nous sommes d’ailleurs passés au-delà du simple processus conceptuel pour engager celui de l’expérimentation.

L’Etat doit-il avoir son mot à dire ?

Évidemment. Sauf que nous sommes dans une situation mondialisée. Concernant ces problématiques, la France est intégrée dans un schéma de réglementions européennes… Les directives européennes empêcheraient d’ailleurs un État membre de prendre toutes mesures coercitives, seul. Le problème, c’est que l’Union Européenne n’a mis en place aucun concept de protectionnisme gradué à ses frontières. Ce qui entraine une distorsion de concurrence réglementaire entre les produits que nous fabriquons et ceux qui viennent d’ailleurs. D’où le rôle que devrait jouer une vraie OMC sur ces questions, mais qu’elle ne joue absolument plus aujourd’hui.

Estimez-vous qu’une réglementation plus contraignante peut avoir des effets positifs sur l’emploi en France ?

J’insiste, elles auraient des effets bénéfiques si, à minima, l’UE était capable de mettre en place une forme de protectionnisme gradué. Les produits importés seraient ainsi à égalité avec ce que nous fabriquons à l’intérieur de l’UE. Réglementations sociales, environnementales, travail des enfants, travail de nuit… L’Union est en avance sur ces questions, cela ne fait aucun doute, et on ne peut que s’en féliciter, mais en même temps, les produits fabriqués sur son sol sont directement concurrencés par des produits qui ne respectent pas ces règles.

Quelles mesures proposez-vous pour améliorer les conditions sociales dans la chaîne de sous-traitance ?

Il y a une chose qui fonctionne assez bien, c’est le lobbying que les citoyens peuvent exercer eux-mêmes sur les hypermarchés, les grandes marques… afin que celles-ci s’engagent dans leurs appels d’offres et vérifient que leurs sous-traitants respectent bien les normes de l’OIT. Le citoyen consommateur a un rôle essentiel à jouer, j’en suis persuadé. Car, cela joue directement sur le porte-monnaie des entreprises. Le citoyen a des moyens d’agir. L’Etat, lui, peut l’aider, mais ses moyens d’actions restent limités, à l’exception des moyens douaniers. Même s’il faut rester lucide, pour un container vérifié, combien de containers passeront la frontière sans l’être ? Je ne crois pas à la mise en place de nouvelles lois par un État de manière unilatérale. Quelle serait alors la réponse de la Commission européenne, elle qui promeut une libre concurrence et non faussée ? Un vœux pieux aujourd’hui en l’absence de fiscalité progressivement commune. De toutes les manières, nous sommes tenus par les conventions qu’ont signés nos prédécesseurs. C’est pour cela que quand j’entends les déclarations incantatoires de certains candidats sur le mode du « il y a qu’à, faut qu’on ! », je leur dis : « Attention, pas si simple ! ». Impossible en effet de déchirer les conventions ou alors on réaliserait un référendum de sortie de l’Europe. Ce qui ne serait vraiment pas une bonne chose pour la France.

La Californie a adopté en 2010 une loi obligeant les entreprises à plus de transparence. Défendriez-vous une telle loi en France ?

La transparence est quelque chose de tout à fait réalisable. La loi Hamon y répond d’ailleurs partiellement, avec la possibilité d’actions de groupe. Il n’y a d’ailleurs pas, à ma connaissance, de conventions européennes qui interdiraient à un pays de l’Union d’interdire cette transparence. Quant à la Californie et aux États-Unis, je note qu’ils ne se gênent pas, eux, pour pratiquer dans les différents États fédéraux un protectionnisme plus ou moins gradué, souvent plus que moins d’ailleurs. Suivez également mon regard du côté de la négociation du traité de libre-échange transatlantique.

Voir l’article original sur Novethic : http://www.novethic.fr/supply-chain/presidentielle-2017/

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"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point