Revue de Presse: Rama Yade aux Sports ?

Avant le remaniement gouvernemental annoncé, nous avons passé au tamis l’action et le travail du Secrétariat d’État aux Sports de Rama Yade.

Stéphane Guérard

25 October 2010
L’Humanité
Avant le remaniement gouvernemental annoncé, nous avons passé au tamis l’action et le travail du Secrétariat d’État aux Sports de Rama Yade. Vraiment pas terrible.
Rama Yade aux Sports ?
5/20, pas plus
Depuis sa Lettre à la jeunesse, Rama Yade enchaîne les sorties médiatiques. Rien d’anodin à cela. Un remaniement ministériel est annoncé. Présente sur ses thèmes favoris de l’éthique dans le sport (action contre l’homophobie, samedi), elle est aussi très en verve sur la jeunesse. Il faut bien occuper le terrain. Car, question bilan, après un an aux Sports, ce n’est pas terrible. Voici notre passage au crible.
Présentation
Il y a un an et demi, le parachutage aux Sports de la secrétaire d’État aux Droits de l’homme en disgrâce s’apparentait à une descente en deuxième division politique. Rama Yade, elle, n’a jamais perdu de vue ce que son nouveau maroquin pouvait lui apporter. Un porte-voix assez efficace.

«En politique, on peut s’occuper de tout, même si on ne connaît rien. Mais, dans le cas de Rama Yade, ça dépassait tout, explique Jean-Luc Bennhamias, député européen en charge des sports au Modem.

Il n’y avait aucune signification à la placer là, alors même que la jeunesse ne faisait plus partie de ce secrétariat d’État. Elle a donc essayé d’exister politiquement pour se faire sa place. Mais je ne peux absolument pas dire ce qu’elle a fait de positif.»
Durant son année en fonction, Rama Yade a donné le change. Son manque de connaissance du secteur, ses lacunes n’ont été visibles que par ses interlocuteurs institutionnels.

À défaut de savoir-faire, le successeur de Bernard Laporte s’en est remis à son faire-savoir: agripper le sujet d’actualité qui monte pour gesticuler dessus. D’où une kyrielle d’états généraux lancés sur toutes les questions du moment.

Avec pas grand-chose au bout. Ceux sur les sports urbains ont débouché sur une mission d’étude!

Quant au rapport «grandes salles», visant à doter la France de petits Bercy un peu partout, il attend toujours des suites. Pour exister, Rama Yade sait aussi sauter dans les trains des projets des autres, comme pour l’Euro 2016 de foot, ou la loi sur les agents de joueurs présentée par un député UMP.

Mais sa spécialité est de se saisir des questions d’«éthique» face aux dérives du sport. Violences, racisme et homophobie, gabegie financière ou traite des jeunes joueurs africains, le foot lui a déroulé le tapis rouge médiatique. Elle s’y est pris parfois les pieds. Elle qui avait pourfendu le «clinquant» de l’hôtel des Bleus lors du Mondial n’avait pas prévu que le Canard enchaîné sortirait la facture de sa suite réservée en Afrique du Sud. 667euros la nuit, soit 80euros de plus que les chambres destinées à Henry et consorts…
Oral
Durant cette dernière année, la secrétaire d’État a affirmé, parfois annoncé ou promis beaucoup de choses. Mais avec le temps, ces paroles données s’envolent souvent. Comme la promesse d’un dispositif pour assurer les retraites des sportifs de haut niveau qui, dans leur grande majorité, ne cotisent pas ou faiblement.

 Le projet de loi de budget 2011 des Sports n’en fait plus mention. Idem pour le rôle d’éducation populaire que le secrétariat aux Sports devait continuer de jouer. Manque de chance, le démantèlement des Centres régionaux d’éducation populaire et sportive (Creps), débuté sous l’ère Laporte, n’a pas été remis en question.

Manque de chance encore, le Centre national pour le développement du sport (CNDS) va être siphonné de 150millions d’euros pour financer les futurs grands stades de foot. «Il devra sacrifier une partie de ses missions essentielles de développement du sport pour tous et de soutien aux clubs locaux et équipements de proximité», déplore la députée PS Valérie Fourneyron.

Ce dernier exemple montre en revanche le soutien jamais démenti de la secrétaire d’État aux intérêts exclusifs du foot pro français. Cette parole-là a été tenue. La seule.
Implication
Habituée aux coups d’éclat aux Droits de l’homme, Rama Yade fut bien plus sage aux Sports. Son seul coup de gueule, elle l’a réservé à la défense des intérêts des clubs pros de foot en allant contre l’avis de Bercy et de Roselyne Bachelot, sa ministre de tutelle, décidés eux à mettre fin à la défiscalisation d’une partie des revenus des joueurs pros, via le «droit à l’image collective».

«Ça ne fragilisera pas le football français… Et puis, comment faire accepter au public que des gars qui gagnent des millions puissent bénéficier d’avantages non accessibles aux salariés ordinaires?» jugeait alors Michel Platini, président de l’UEFA.
Après cet épisode, la secrétaire d’État est rentrée dans le rang, donnant même l’impression de laisser à d’autres le soin de mener les dossiers chauds. Quitte à s’asseoir sur certains de ses principes. On ne l’a pas trop entendue lorsque l’Agence française de lutte contre le dopage avait des soucis budgétaires.

 On a attendu sa réaction lorsque Brice Hortefeux a pris la main sur le dossier des violences dans le foot. Face au tout-répressif du ministre de l’Intérieur, elle n’a pas défendu ses états généraux des supporters, pourtant première vraie tentative de dialogue entre toutes les parties du foot sur ce sujet.

Bercy a, lui, mené la libéralisation du marché des paris sportifs en ligne. Matignon a continué de piloter le dégraissage de son administration. Le mouvement sportif français a vite compris que sur les thèmes d’importance, comme la réforme des collectivités locales, il valait mieux aller taper plus haut, faute de poids politique de sa représentante au gouvernement. Faute, surtout, de volonté de s’imposer.
Résultats
«Je ne vois pas.» Voilà, en résumé, ce que des dirigeants du mouvement sportif français ont répondu lorsqu’on leur a demandé quelle mesure phare ils retenaient de l’action de Rama Yade. Malgré une jolie brochure bilan éditée par le secrétariat d’État et opportunément envoyée aux parlementaires, le résumé est vite fait.

«Au bulldozer Laporte, qui a tout cassé dans le modèle sportif français, a succédé l’impression de vide donnée par son successeur, qui n’a pas du tout remis en question la disparition progressive de son ministère», analyse Jean-François Davoust, de la CGT sports.

La révision générale des politiques publiques a fait de ce secrétariat d’État une coquille vide délestée de ses directions départementales et régionales diluées dans la «cohésion sociale». Pourtant, attendu comme le successeur de Rama Yade, David Douillet semble avoir pris acte de la disparition des Sports.

Dans un récent rapport, il appelait à la création d’une «agence du sport français, pivot opérationnel de mise en œuvre de la politique des grands événements sportifs». Si celle-ci voit le jour, Rama Yade restera comme la dernière secrétaire d’État aux Sports. C’est déjà ça.

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"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point