Retour sur Durban: quand l’Union européenne fait bien son travail

En session plénière du Parlement européen, nous revenons aujourd’hui, mercredi 18 janvier, sur la conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est tenue à Durban, en Afrique du Sud, en décembre dernier. L’occasion d’un retour sur le bilan de ce sommet climatique: à l’issue de Durban, un accord a minima mais une feuille de route sur la table des négociations et ce grâce à l’Union européenne, qui a retrouvé à Durban son rôle moteur dans les négociations.

Durban illustre l’Etat affligeant des négociations sur le climat. 15 jours de négociations, une prolongation de 36 heures, des milliers de délégués de près de 200 pays autour de la table pour finalement quoi? Un accord a minima le 11 décembre dernier…Pourtant les enjeux sont énormes : le protocole de Kyoto qui doit se terminer à la fin de 2012 demeure le seul protocole contraignant qui ait jamais existé pour lutter contre le changement climatique.

A Durban, faute d’accord sur la forme, les discussions sur le fond en sont restées à l’état d’embryon. Dès le départ, il y eu blocage: Sous quelle forme envisager l’après-Kyoto? Comment financer le fonds vert? Sur ces questions les Etats de la planète se sont opposés et n’ont apporté aucune réponse satisfaisante…comme à Cancún, on  a repoussé la prise de décision à toujours plus tard: Durban s’est donc achevé sur « l’engagement » à conclure un accord global de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2015. Mais on ne sait pas sous quelle forme juridique (les options sont ouvertes) ni qui il inclura au final une fois que les objectifs et sanctions seront établis. Cet accord global sur le principe inclut tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre à l’heure actuelle. Toutefois, concernant le prolongement des engagements de protocole de Kyoto au-delà de 2012: Chine, Russie, Japon, Etats-Unis ni Canada, n’y participeront pas, ce qui laisse présager les difficultés à surmonter pour concrétiser l’accord global pour 2015.

Un sentiment d’échec domine donc ; néanmoins, une feuille de route est sur la table des négociations et ce grâce à l’Union européenne, qui a retrouvé à Durban son rôle moteur dans les négociations. Dans un contexte politique et économique très tendu, l’UE a joué son rôle et défendu les objectifs qu’elle s’était fixés. Elle a été à l’origine d’un rapprochement entre pays développés et pays en développement et a contribué à inscrire dans le projet d’accord global le fossé grandissant entre l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C de moyenne (afin de limiter l’impact sur notre écosystème) et les actions mises en œuvre par les Etats pour y parvenir (loin d’être à la hauteur).

La feuille de route de l’UE est donc un moyen de garder tout le monde autour de la table ; mais aucun engagement concret n’a pu être acté: le fonds vert par exemple a été officialisé mais il n’y a eu aucune avancée réelle s’agissant de son financement. Où trouver les 100 milliards de dollars nécessaires notamment au financement de la transition énergétique des pays en développement? Le courage de cette initiative s’est essoufflé par la faiblesse des engagements des Etats développés.

Il ne fallait pas compter sur les Etats-Unis en cette veille d’élection présidentielle, pour adopter une position ambitieuse. Quant au Canada, il a tristement créé la surprise en quittant de façon unilatérale le protocole de Kyoto pour éviter de payer ses pénalités de 14 milliards de dollars pour ne pas avoir respecté ses engagements liés au respect du protocole.

Les grandes réunions de négociations sur le climat prouvent depuis quelques temps déjà leur inefficacité…Cancún, Copenhague, Durban…que voyons nous sinon l’échec et le manque de volonté politique? Ce qui frappe en plus à Durban c’est l’indifférence quasi générale dans laquelle se sont déroulées les négociations…absence des médias et donc peu de mobilisation citoyenne. Ce qui manque  surtout c’est le lien entre l’écologie des grands sommets et l’écologie qu’on pourrait appeler de proximité: car sur les enjeux locaux, les citoyens sont bel et bien présents sur les thématiques écologiques! Mais les grands-messes sont trop déconnectées des thématiques concrètes pour que les citoyens s’en saisissent.

Pourtant, il est évident aujourd’hui que la sortie de crise passe par le plein engagement dans la transition énergétique, une des seules pistes sérieuses de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, que ce soit à l’échelle des Etats nations comme des grands pôles régionaux du monde.

En même temps que nous nous efforçons de prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique, il faut reconnaitre que nous ne pouvons malheureusement que limiter les dégâts, nous n’y échapperons pas! Faire face à cette réalité est essentiel: nous devons nous préparer à gérer les conséquences inévitables de ce changement climatique (nous aurons bientôt à gérer les réfugiés climatiques, la problématique de la montée des eaux, celle de la perte de la biodiversité ou encore l’évolution des écosystèmes et les répercutions sur la physionomie des territoires). En la matière, si les pays développés pourront se donner les moyens de gérer ces conséquences, les pays en développement et les moins avancés ne s’en sortiront pas seuls! La solidarité et le soutien de la communauté internationale seront indispensables.

La clé reste évidemment la volonté politique. Dans cette optique, l’Union européenne doit rester unie et affirmer son rôle de moteur pour le prochain rendez-vous mondial pour le climat en Juin 2012, le Sommet de la Terre Rio+20. Le futur de la planète telle que nous la connaissons dépend de la place que voudront bien lui accorder les Etats. Si l’accent est aujourd’hui mis sur le contexte de crise économique et sociale, nous nous devons de rappeler que la crise est aussi environnementale. Ne laissons pas le climat sans garde-fous au profit d’intérêts économiques de court terme.

Recherche

Présence Web

Liens

Slideshow image

"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point