Nous sommes de fait dans la majorité présidentielle

Interview
Politique |  18 juin 2012

INTERVIEW – La défaite du MoDem aux législatives a été sévère : dimanche, seulement deux de ses candidats sont devenus députés. Jean-Luc Bennahmias, vice-président du parti, commente ce qu’il qualifie de « naufrage ». Il se dit par ailleurs « disponible » pour travailler avec l’exécutif, indiquant « faire partie de la majorité présidentielle ».
Deux députés élus (Jean Lassalle dans les Pyrénées-Atlantiques et Thierry Robert à la Réunion), mais François Bayrou éliminé.

Comment expliquez-vous cet échec?
On part de loin. Il est clair qu’au premier tour du scrutin législatif (dimanche 10 juin, Ndlr), nos électeurs nous ont désavoués. Les raison de ce naufrage? Ils se demandaient l’utilité de voter MoDem, car ils ne savaient pas avec qui nous nous allierons à l’Assemblée nationale. Bien sûr, le mode de scrutin, uninominal majoritaire à deux tours, implique une bipolarisation totale de la vie politique française. A moins d’être fédéré auprès d’un des deux grands partis, à l’image du Parti radical de gauche ou d’Europe Ecologie – Les Verts alliés du PS, personne ne voit l’utilité de voter pour nous.

Votre volonté d’indépendance vous a-t-elle condamné?
La majorité des cadres du MoDem a soutenu François Hollande avant le second tour de la présidentielle. Ce qu’a fait le PS au lendemain de la victoire du président, à savoir le maintien de ses candidats dans des circonscriptions que nous aurions pu gagner, a eu des conséquences importantes sur notre mouvement. Mais il n’y a pas que cela. L’invention d’un sigle, « Le Centre pour la France », dédié à réunir les candidats du MoDem et de ses alliés sous une seule bannière a créé la confusion.

«La faillite du MoDem est stratégique, pas financière»Pourquoi ce « Centre pour la France » était-il une erreur?
Quand on défend une organisation politique, il faut au moins être reconnu par ses électeurs. En communication, il ne faut pas brouiller les choses. « Le Centre pour la France » a été créé pour récupérer quelques dizaines de candidats qui ont de toute façon été éliminés dès le premier tour, et sévèrement. Le MoDem n’avait certes pas réalisé des scores élevés lors des élections locales précédentes mais, au moins, les gens savaient ce que nous représentions. Au lieu de cela, ils ont eu le choix dans les bureaux de vote entre un bulletin « Le Centre pour la France » et une dizaine d’autres portant la mention « centre/centriste » et défendant des idées libérales ou démocrates-chrétiennes.

Comment le MoDem peut-il se relancer après cette défaite?
Les choses sont évidemment compliquées, et c’est un euphémisme. Pour une partie de la classe politique, nous sommes morts. Mais, si les formations sont mortelles, les gens qui la composent ne le sont pas. Bayrou, Sarnez, Wehrling, moi-même ne sommes pas mort politiquement. Sur le fond, la place occupée par nos idées est toujours valide. Même si je ne sais pas si tout ça continuera à exister collectivement.

Les finances de votre parti vont-elles précipiter sa disparition?
Les candidats ont pour la plupart fait attention à leurs dépenses. Certes, nous ne sommes pas en pleine forme, mais la faillite du MoDem est stratégique, pas financière.
«Je me considère comme faisant partie de la majorité présidentielle»François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat, a souhaité que des membres du MoDem fassent « leur entrée au gouvernement » ou soient « associés » à l’action de l’exécutif…
C’est évidemment une idée que je soutiens, un vœu auquel j’ai appelé depuis le lendemain du second tour de la présidentielle. Ayant appelé à voter pour les candidats socialistes dans les circonscriptions où le MoDem n’était pas présent au second tour des législatives, je me considère comme faisant partie de la majorité présidentielle. Et ce, comme tous ceux qui ont appelé à voter François Hollande à la présidentielle.

Êtes-vous candidat à un portefeuille ministériel?
Je suis disponible. Mais le fait d’être disponible ne suffit pas. Ce n’est pas en lançant un appel en faveur de quelqu’un que cette personne décroche son téléphone pour vous féliciter. Mais j’espère bien sûr que François Rebsamen sera entendu.
Pendant les campagnes présidentielle puis législatives, les différentes familles centristes ont essuyé de nombreux revers. N’est-il pas venu le temps d’une grande réconciliation pour éviter la disparition?
Pardon? Je n’y crois pas. Ces gens – les Morin, Lagarde ou autre Sauvadet – se détestent cordialement et je suis poli! Tous n’ont qu’une volonté : détenir le pouvoir. Il n’y aura pas une recomposition d’un centre politique unifié. Est-ce qu’il y a besoin d’élargir la majorité présidentielle actuelle vers le centre? Moi, j’en suis persuadé.

Gaël Vaillant – leJDD.fr
lundi 18 juin 2012

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"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point