Pour une réaffirmation de la ligne d’indépendance du mouvement

Bennahmias : «Le Modem possède un ADN qui n’est pas celui de l’UDI»

Recueilli par Christophe Forcari 27 septembre 2013

 

INTERVIEW

L’eurodéputé Jean-Luc Bennahmias, espère une réaffirmation de la ligne d’indépendance du mouvement qui tient son université de rentrée dans le Morbihan

L’université de rentrée du Modem s’est ouverte vendredi à Guidel (Morbihan) sur fond de rapprochement avec l’UDI de Jean-Louis Borloo. Un virage qui risque d’être âprement discuté par les militants de la formation de François Bayrou. Jean-Luc Bennahmias, eurodéputé et vice-président du

Le rapprochement entre l’UDI et le Modem qui marque le retour de la formation de François Bayrou au centre droit vous satisfait-il ?

Pour nous, un retour de balancier vers le centre droit représente un vrai risque pour le Modem et ce centre indépendant tel que nous l’avons voulu et construit en 2007. S’il s’agit d’un dépassement et non d’un retour en arrière vers l’ex-UDF où les passifs historiques entre personnes sont extrêmement lourds, si cela permet de développer une troisième voie, là encore très difficile à mettre en place en France, entre les deux grands partis, pourquoi pas ?

Mais vous qui représentez le sensibilité baptisée «les démocrates dans la majorité présidentielle», c’est-à-dire la tendance de gauche et écologiste, avez-vous encore votre place dans un Modem allié à l’UDI ?

Bien évidemment et nous l’avons toujours eu. Et pas seulement en tant que sensibilité. Seulement nous fixons une ligne rouge à ne pas dépasser. Il faut que le parti de Jean-Louis Borloo comprenne que le Modem possède un ADN qui n’est pas celui de l’UDI. La construction du Modem s’est faite certes avec des courants centristes dont certains issus de l’UDF mais aussi de gens venus de la gauche, de l’écologie ou de la société civile et qui tiennent à leur identité. Il n’est pas question pour nous de nous renier. Toutes ces personnes sont encore aujourd’hui présentes au Modem. Voilà la question que nous posons à Jean-Louis Borloo : « Est ce que vous respectez le fait qu’au Modem, il se trouve des gens pour qui l’alliance exclusive avec la droite et l’UMP constitue une ligne rouge ? »

De même que François Bayrou n’a pas dit qu’il abandonnait son projet d’un centre indépendant, Jean-Louis Borloo n’a pas dit qu’il renonçait à son alliance à droite. Cela vous inquiète ?

La question ne se pose pas en terme d’inquiétude ou non. Et je comprends très bien Jean-Louis Borloo qui essaye de rassurer ses députés élus grâce au soutien de l’UMP. Je peux le comprendre. Mais à lui également d’admettre qu’au sein du Modem, un certain nombre de militants ne dépend absolument en rien de l’UMP. D’abord parce que le Modem s’est constitué en formation politique indépendante, capable de discuter avec la gauche démocratique et la droite démocratique. Il faut que l’UDI entende que depuis sept ans, le Modem a vécu une histoire différente. S’il y a respect des parcours, des identités et des sensibilités diverses, alors nous pourrons construire quelque chose. Sinon, la perception dans l’opinion publique sera que les différentes chapelles centristes rejouent la même pièce que dix auparavant. Ce qui ne constituerait pas une nouveauté.

Si Jean-Louis Borloo est prêt à admettre les alliances du Modem avec le PS au sein de quelques majorités municipales, il ne veut pas en entendre parler sur Marseille : «Un point non négociable» pour lui. Vous avez justement cherché à mettre sur pied ce rapprochement. Votre réaction ?

Très clairement, si Marseille, capitale européenne de la culture est un succès, elle fait malheureusement la une de l’actualité sur des sujets difficiles, à commencer par l’insécurité ou les affaires. L’équipe municipale autour de Jean-Claude Gaudin, maire depuis 18 ans, porte une part de responsabilité dans cette situation en coresponsabilité avec l’Etat. Pour Marseille, j’ai la certitude que cette ville a un besoin de changement de gouvernance, d’une nouvelle gouvernance partagée entre responsables de la droite et de la gauche démocratiques, écologistes, centristes et démocrates dans la perspective de la future métropole. Celle-ci ne se gouvernera pas avec une gauche opposée à la droite mais avec des personnalités intelligentes représentants l’ensemble des villes concernées. Pour sortir Marseille du gouffre dans lequel cette ville s’enfonce, il faut une nouvelle équipe municipale. Celle-ci doit passer par une alternative politique à monsieur Jean-Claude Gaudin.

A Marseille, seriez-vous prêts à faire une liste commune avec l’UDI face à l’UMP Gaudin ?

Oui, nous y serions prêts si l’UDI assumait et revendiquait son indépendance face à l’UMP à Marseille.

Ne risquez vous pas d’être sacrifié sur l’autel de la réconciliation entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo en tant que représentants de la gauche du Modem ?

Je n’ai aucune vocation à jouer les martyrs et mes références historiques penchent plutôt du côté des camisards, des maquisards. Les batailles que l’on ne mène pas, on est sûr de les perdre. Si nous voulons parvenir à créer cette troisième voie en France, il va falloir que les courants issus du Modem et de l’UDI montrent leur capacité à se dépasser pour proposer quelque chose de neuf aux électeurs et donc de faire appel à des personnalité de la gauche démocratique ou de la mouvance écolo. Ce n’est pas gagné d’avance. Aujourd’hui je ne doute pas que François Bayrou soit comptable de ce que nous avons créé avec le Modem, et je pense qu’il fera très attention à ce que toutes les sensibilités présentes dans ce mouvement soient respectées et entendues.

Recherche

Présence Web

Liens

Slideshow image

"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point