MoDem et UDI: une reformation au centre droit n’aurait strictement aucun intérêt

MoDem et UDI: une reformation au centre droit n’aurait strictement aucun intérêt

16 septembre 2013, 17:28 à lire sur le site Newsring ici : http://www.newsring.fr/politique/4363-bayrou-en-salliant-avec-ludi-de-borloo-le-modem-aurait-il-encore-un-sens/68439-modem-et-udi-une-reformation-au-centre-droit-naurait-strictement-aucun-interet

Rapprochement avec l’UDI ou non, le MoDem a bien évidemment un rôle important à jouer dans les mois qui viennent. Certes, la tribune, publiée dans Le Monde, reflète les inquiétudes et les réflexions d’une partie des militants et des sympathisants du MoDem. Le ton est ferme sur le fond, sans injurier l’avenir sur la forme. Une véhémence que l’on retrouve, d’ailleurs, sur les réseaux sociaux où les remarques sont parfois bien plus ardues… Si un rapprochement avec l’UDI doit aboutir, chacun devra pouvoir s’y retrouver, quelles que soient ses origines politiques ou syndicales. La tâche ne s’annonce pas simple, surtout à la vitesse à laquelle évoluent les événéments. Cette question sera donc abordée prioritairement au cours de l’université de rentrée du MoDem, les 29 et 30 septembre prochains à Guidel, dans le Morbihan.

Non, la ligne du MoDem n’a pas changé

Le MoDem, parti d’opposition ou de majorité? Nombreux sont ceux qui nous interpellent sur cette question. J’aimerais que le MoDem puisse se définir comme un parti de la majorité, ayant appelé à voter pour François Hollande et ne reniant en rien cet appel. Mais les différentes mains tendues ont systématiquement été refusées. A l’inverse, pourquoi nous situerions-nous dans l’opposition ? Je ne crois pas un seul instant qu’une majorité UMP / UDI ferait mieux que l’actuelle majorité présidentielle. La ligne qui est aujourd’hui la mienne est celle que nous avions défendue avec François Bayrou lors de la dernière élection présidentielle : à savoir la création, toute proportion gardée, d’un nouveau Conseil national de la Résistance. Celui-ci conduirait avec les grandes forces démocratiques du pays – politiques, associatives ou syndicales – les grandes réformes structurelles dont le pays, voire l’Europe, a besoin. Dans ce cadre, nous obstiner dans une opposition stérile serait nul et non avenu.

Les municipales, des enjeux et des majorités si multiples

Quant aux municipales, chaque situation est si distincte! L’histoire est ainsi faite: ici et là, dans des villes moyennes comme dans des grandes, des accords ont été passés. Et il n’y a pas de raisons pour des membres de l’UDI de changer de majorité lorsqu’ils ont été élus avec les voix de l’UMP, idem pour nous au MoDem lorsque nous avons été élus avec des majorités de gauche, de divers, etc. Respectons au moins cela… Et si dans certaines villes, un UDI se retrouve face à un MoDem, cela ne sera pas bien grave. A l’UDI, ils leur arrivent même d’être l’un contre l’autre. J’ai une certaine connaissance de la carte électorale et des enjeux des élections municipales. Et au vu du nombre de groupes politiques qui constituent l’UDI, autant dire qu’en fonction des territoires, ils ne sont pas tous d’accord. Beaucoup gèrent leurs affaires de leur côté. En outre, nous non plus n’avons pas de leçons à donner.

Un accord avec L’UDI envisageable si….

Ne nous leurrons pas, l’enjeu politique est indéniable dans le fait de savoir comment peser sur des élections nationales, européennes, voire même territoriales. Il y a nécessité pour le MoDem de s’allier avec des forces politiques issues aussi bien du centre droit, du centre gauche que d’une partie de l’écologie politique ou de la social-démocratie. Dès lors, pour ce qui est de l’UDI, si les discussions se déroulent dans le respect des identités de chacun, pourquoi un tel accord ne serait pas envisageable? Certes, nous en sommes encore loin. Car, soyons clairs, si l’UDI opte pour une alliance unique, privilégiée et constante avec l’UMP, on ne pourra jamais envisager une alliance.

Des questions européennes décisives

Passons ensuite à la question des européennes, ma foi, bien plus complexes. Sur ce point, le débat de fond n’a pas encore eu lieu. Quelle analyse fait-on de la construction européenne actuelle? Si je me fie aux positions communes que nous avons avec notamment Jean-Christophe Lagarde, je me dis que nous pouvons y arriver. Je n’en suis pas sûr, mais il y a des raisons d’être confiant. Le problème, c’est que contrairement au MoDem, il est difficile, sur la question de l’Europe, de cerner l’UDI dans son ensemble. Quelle est la stratégie collective et comment votent-ils au parlement à Strasbourg ? Pour le moment, je ne saurais répondre. Le vote du budget européen est proche, il est en baisse et c’est un scandale. Que va ainsi décider l’UDI? Autre sujet essentiel, les futurs accords entre l’UE et les Etats-Unis. Ce sont des débats centraux qui me paraissent décisifs concernant tout futur rapprochement. Si nos analyses se rejoignent sur ces deux dossiers cruciaux, les choses iront très bien. L’alliance servira ainsi à promouvoir une contruction européenne différente. Dans le cas contraire, si l’UDI penchent en faveur de ses libéraux les plus ultra, ça sera bien plus compliqué. Aujourd’hui, je ne sais même pas ce que pense Jean-Louis Borloo de tout ça…

Une reformation au centre droit n’aurait strictement aucun intérêt

Par contre, une chose est certaine. Si nous aboutissons à un accord, il ne peut s’apparenter à la reconstruction d’une chose ancienne, à savoir l’UDF. Si tel est le cas, je ne vois en quoi cela peut parler – une seule seconde – au moins de 40 ans. Et surtout, cette reformation au centre droit n’aurait strictement aucun intérêt. Notre positionnement n’a pas bougé, il reste tout aussi inédit et d’une complexité absolue. Il ne s’agit pas de le dire mais de parvenir à le démontrer et cela n’a rien d’évident dans un monde politique littéralement tétanisé. Il est incroyable de constater comment notre France républicaine est figée dans ses structures politiques! En attestent les efforts pitoyables du gouvernement pour garder les Verts tout se moquant ouvertement d’eux… Je ne dirais pas que tout ce que nous entreprenons au MoDem est brillant, mais au moins avons-nous le grand mérite d’essayer de faire bouger les lignes. C’est l’une des raisons d’être de ce mouvement, Marielle de Sarnez comme François Bayrou en ont parfaitement conscience. Partant de là, mon souci principal est de rassurer la base, lui dire qu’elle n’est pas ignorée et que nous prenons en compte le caractère déstabilisant des derniers évènements. Si j’ai quitté les Verts il y a sept ans, un parti dont j’avais été l’un des cofondateurs et que j’ai dirigé, ce n’est pas pour créer des courants au MoDem! Je n’ai aucune envie de revivre des combats internes permanents, qui ont si peu d’intérêt et font perdre tellement de temps. J’essaye donc de faire en sorte que “le centre gauche du MoDem” – appelons-le comme ça – ne sente pas totalement oublié. Idem pour le militant issu de la société civile venu intégrer notre mouvement pour faire enfin bouger les lignes mais qui s’aperçoit que ce n’est pas exactement ce que nous faisons actuellement.

S’extraire des histoires anciennes

Aujourd’hui, au sein du MoDem, les différences d’appréciation sont réelles, mais de là à parler de divergences… Le mot est trop fort, du moins tant qu’on évoque pas la constitution d’un parti de centre droit. François Bayrou est parfaitement conscient que tout ce qu’il a construit depuis 2007, voire bien avant, ne peut être mis à bas du jour au lendemain pour des raisons électorales. En outre, je ne suis pas certain que les électorats UDI et MoDem s’additionnent en totalité. Ils ne pourront être compatibles que si nous parvenons à nous extraire des histoires anciennes du centrisme – de type “je t’aime, moi non plus” – et que nous inventons ensemble une nouvelle voie. Certes, ce ne sera pas un long fleuve tranquille mais pourquoi injurier l’avenir? La maison MoDem que j’ai contribué à construire, je suis bien dedans et je n’en ai pas d’autres. Raison pour laquelle je suis positivement attentif et très soucieux que, dans cette histoire, tout le monde puisse retrouver ses petits. Et ils sont nombreux…

Recherche

Présence Web

Liens

Slideshow image

"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point