Le pouvoir ? Les citoyens l’ont pris, alors, allons plus loin

Tribune publiée aujourd’hui dans libération. Pour rappel :

Etats généraux du Renouveau organisés par Libération et Marianne
Samedi 28 janvier à la MC2 de Grenoble (4, rue Paul Claudel).

Débat avec Michel Derdevet et Jacques Galvani
« Ecologie, les citoyens peuvent-ils prendre le pouvoir ? »de 18h30 à 20h

Les citoyens se sont éveillés depuis longtemps et les structures de notre dialogue républicain sont restées poussiéreuses.

L’histoire de l’écologie politique naît à partir de luttes citoyennes. Que ce soit à La Hague, à Plogoff, ou encore au Larzac. La campagne présidentielle de 1974 de René Dumont est soutenue et portée par des citoyens et des associations engagées dans la défense des droits de l’homme, l’antimilitarisme, le pacifisme et la défense de l’environnement. Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Les sujets ne manquant pas, les mobilisations citoyennes se sont multipliées au fil du temps. Vécus comme résultant de décisions arbitraires ou démesurées, certains projets d’infrastructures, d’usines d’incinération, de lignes à haute tension ou encore des projets d’installation d’éoliennes et de parcs solaires ont fait naître des collectifs de citoyens actifs. Le plus souvent, disons-le ouvertement, ces appels à la mobilisation et à la résistance sont de raison, comme, par exemple, au sujet de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes à Nantes. Sur les éoliennes et les parcs solaires, il faut tout de même répéter qu’il est possible et même nécessaire de réaliser les installations ailleurs qu’à proximité de sites remarquables ou protégés en les plaçant par exemple sur des zones industrielles ou commerciales.
En revanche, il faut aussi avoir la franchise de le dire, ces mobilisations se sont contredites les unes les autres. Je suis souvent frappé qu’on puisse à la fois sonner le tocsin contre l’aéroport nantais et avoir la même intonation contre la prolongation du TGV Sud-Ouest. Contradictions disais-je, «jusqu’au-boutisme» aussi, ont parfois prédominé et affaibli certaines luttes.
Nouveaux stades, Jeux olympiques, tropisme procédurier, les associations de riverains ont aussi perdu de nombreuses plumes dans des combats déconnectés ou parfumés de réactions «Oui, mais pas à côté de chez moi» typiques du phénomène bien connu sous l’acronyme anglo-saxon : Nimby, pour «Not in my backyard».
Il n’en reste pas moins que les citoyens se saisissent de plus en plus de sujets environnementaux souvent lourds avec une passion qu’il est temps de saluer. Loin des grands-messes environnementales et des sommets internationaux, ils engagent force, temps, convictions et souvent argent sur des thématiques complexes. Ces efforts ont permis de réveiller les consciences, d’initier des combats contre les dérives les plus caricaturales nées de la reconstruction d’après-guerre où nécessité faisant loi, on a trop souvent construit n’importe où, n’importe quoi, n’importe comment.
Très souvent, ces comités sont créés à l’initiative de techniciens et de spécialistes du développement durable, de juges, d’avocats, capables, sur leur temps libre, de monter des dossiers bien ficelés. Ils ont permis – parfois mieux que ne pouvaient le faire de multiples bureaux d’études – de faire des propositions et des critiques très sérieuses et constructives sur des projets en devenir.
Dès lors, la responsabilité des politiques est d’en tirer les leçons. Proposer toute la palette des options sur la table, mêmes celles qui dérangent, décider d’améliorer les projets et même savoir renoncer ! Les postures et idéologies nous ont si souvent conduits dans l’impasse qu’il est devenu urgent de changer de méthode. Il va falloir d’urgence créer, impulser ce nouveau climat, pour entrer de pied ferme dans un nouveau dialogue environnemental de qualité. A l’heure de la circulation immédiate de l’information, alors que les citoyens se sont éveillés depuis longtemps, les structures de notre dialogue républicain sont restées extraordinairement poussiéreuses.
Il revient donc aux responsables politiques de faire des choix ; lorsque ceux-ci ne sont pas à la hauteur, la sanction légitime est celle des urnes. Mais la question environnementale ne peut se résumer à un simple vote, aussi régulier soit-il : les outils d’évaluation doivent être accessibles aux citoyens. Le mot évaluation n’est pas tabou ; il s’inscrit dans la continuité au sein de comités de suivi (du même type que les Comité locaux d’information et de concertation ou Clic). Les débats publics organisés doivent être investis par les élus pour assurer une discussion directe avec les citoyens et les associations. Pour rendre les citoyens encore plus acteurs dans le débat, pour qu’ils puissent choisir les risques et les assumer, les citoyens doivent enfin avoir accès à toutes les informations. Les secrets, l’entre-soi, l’arrogance, ne sont plus acceptables. C’est à ce prix qu’émergera une république vivante.
Reprenons l’offensive. L’Union européenne, bousculée de toutes parts, met en place l’initiative citoyenne et avec elle institutionnalise l’irruption des citoyens dans le débat public. Un million de signataires européens pourront contraindre les responsables européens à se positionner sur des enjeux cruciaux grâce à la force de leur mobilisation. La lutte pour une agriculture et une alimentation sans OGM est actuellement bien placée pour se lancer dans cette bataille. Elle ne peut rester la seule : à nous de propager l’information pour que les citoyens prennent la mesure de cette nouvelle possibilité.

Preuve en est que la démocratie n’est pas figée mais bien en perpétuel mouvement. A nous de tirer dans le bon sens !

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"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point