Le Monde – Je ne suis pas au MoDem pour faire la campagne de Sarkozy

Capture d’écran 2014-02-17 à 17.53.20Cofondateur et vice-président du Mouvement Démocrate, le député européen Jean-Luc Bennahmias représente l’aile gauche du parti de François Bayrou depuis 2007. Elu à Marseille, il se refuse aujourd’hui à rallier pour la campagne des municipales, le maire sortant UMP, Jean-Claude Gaudin, soutenu par l’UDI locale. Et dénonce une dérive globale du MoDem vers l’UMP.

(article publié le 17 fevrier 2014 dans la rubrique leMonde.fr/politique depuis le correspondant à Marseille
à retrouver ici http://marseille.blog.lemonde.fr/2014/02/17/jean-luc-bennahmias-je-ne-suis-pas-au-modem-pour-faire-la-campagne-de-sarkozy/ )

Un échange de lettres entre François Bayrou et vous, a marqué une nette opposition sur la question marseillaise. Ce désaccord est-il plus large ?
Jean-Luc Bennahmias :
Aujourd’hui, il y a le cas de Marseille mais aussi ceux d’un certain nombre d’autres villes où des militants, sympathisants, proches du MoDem se retrouvent quasiment exclus, sur la base, mal comprise, de la charte UDI-MoDem l’Alternative. Cette charte ne dit pas « Pas d’alliance en dehors de l’UMP ». François Bayrou et Jean-Louis Borloo avaient pris soin d’y parler de droite républicaine, et non d’UMP, et de prendre en compte les sensibilités sociale-démocrates et écologistes que je représente. Si on oublie cela, et on est en train de le faire, la divergence devient fondamentale. Le courrier que nous avons adressé avec Christophe Madrolle [secrétaire général adjoint du MoDem] à François Bayrou, est un courrier de rappel.

M. Bayrou répond que les socialistes marseillais sont une « force clanique et clientéliste »
C’est une vision hors sol. Nul ne nie qu’il existe dans le sud-est de la France, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur, un système clientéliste historique et qu’il y a eu de grandes dérives… Mais François Bayrou a une vision réductrice lorsqu’il qualifie une population politique entière de « pourrie ». A Marseille, il n’y a pas que de gentils humanistes de droite et des méchants voleurs de gauche. Et il y a aussi des centaines de militants socialistes qui veulent sortir de leur image négative.

Deux visions du MoDem s’affrontent-elles dans ces municipales ?
Oui, ce sont deux lectures de ce que nous avons fait ensemble depuis 2007. Continue-t-on avec une vision non hémiplégique de la politique française, capable de parler avec une partie de la droite, celle qui ne se radicalise pas, et la gauche ? Je ne crois pas qu’une alternance UMP-UDI-MoDem ferait mieux que le gouvernement actuel. Les conditions, les contraintes, le front des refus, les résistances, le cadre d’une union européenne qui n’est pas aboutie, d’une mondialisation généralisée déclencheraient les mêmes résultats. C’est pour ça que je me bats pour la mise en place d’une union nationale démocratique, dans le fil de ce qu’ont réalisé, en 1945, les personnalités qui ont mis en place le Conseil national de la Résistance.

Peut-on vraiment comparer ces circonstances ?
Nous ne sommes pas en guerre, certes… Mais dans une France qui compte 8 millions de pauvres, et près de 5 millions de chômeurs, il n’y a pas d’autre solution qu’un compromis national sur un processus commun de sortie de crise. C’est pour cela que le pas, tardif mais réel, de François Hollande avec le pacte de responsabilité, est important. Les politiques sérieux de tous bords ne peuvent répondre qu’une seule chose : chiche ! Face à une fracture sociale de plus en plus grave, un pays désabusé, une dégradation de la reconnaissance des élus jamais atteinte, nous devons être capables de dire : voilà le compromis social, économique et sociétal à mettre en place… Ma référence au Conseil national de la Résistance n’est pas totalement anecdotique : aujourd’hui, l’aspect réactionnaire d’une partie encore minoritaire de la société me paraît dangereux. Les manifestations qui se sont déroulées dernièrement l’ont été sur les thèmes « travail, famille, patrie ».

La volonté de M. Bayrou de faire une union avec la droite pour les municipales à Pau a-t-elle pesé dans la balance ?
Je trouve logique que François Bayrou devienne maire de Pau… Mais qu’on fasse une politique nationale au nom de cette ville serait une erreur. Je ne suis pas venu au Mouvement démocrate pour participer à la prochaine campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy ! Je ne dis pas que c’est ce que fera François Bayrou. Je dis que c’est la logique des accords passés aujourd’hui dans différentes villes.

Avez-vous parlé de votre union nationale démocratique avec François Hollande lors de votre rencontre le 24 janvier ?
Je connais bien le président, depuis l’expérience de la Gauche plurielle. Nous avons surtout parlé de la mise en place du pacte de responsabilité… C’est un recentrage dont notre pays a plus que besoin. L’urgence absolue est de faire baisser le chômage et le nombre de pauvres dans le pays. C’est essentiel car nous n’avons aucune perspective, en dehors des emplois aidés qui sont une bonne initiative, de baisse tendancielle du chômage dans les deux ans à venir.

Vous ne croyez plus à l’alternance politique, mais vous la réclamez pour Marseille…
Quand on a gouverné pendant dix-neuf ans, et que l’on est membre du conseil municipal depuis cinquante ans, il faut savoir s’arrêter. Marseille est une ville qui n’a pas résolu ses problèmes de propreté, de sécurité, de logement, de fracture sociale, de transports… Le bilan n’est pas positif. Il faut une rupture.

Comment peut évoluer votre situation ?
Nous ne rejoindrons pas Jean-Claude Gaudin. Nous ferons ce que nous avons déjà fait pendant les municipales de 2008 et en gérant la communauté urbaine avec Eugène Caselli (PS). Nous n’avons pas trouvé les conditions d’un accord pour créer une liste citoyenne avec Pape Diouf. Si nous y arrivons avec le PS, nous nous mettrons en congé du MoDem.

Et cela aura une conséquence sur votre candidature aux européennes ?
J’adore être parlementaire européen. Cela me passionne et je suis fier de certaines décisions auxquelles j’ai participé, sur les travailleurs détachés, les travailleurs saisonniers… Aujourd’hui, l’UDI et le MoDem n’arrivent pas à se mettre d’accord, notamment en Ile-de-France où Marielle de Sarnez et Rama Yade veulent toutes les deux la tête de liste… Tous les groupes de l’UDI veulent un représentant au parlement européen. Il n’y a pas assez de places. Moi, si le seul accord possible est avec l’UMP dans les années qui viennent, ça ne m’intéresse pas. On m’a mis le marché en mains… Mais je ne vendrais pas mon poste potentiel de député européen contre un soutien à Jean-Claude Gaudin.

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"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point