La dernière Interview pour Nice Matin

« Bayrou est un homme solide »

Jean-Luc Bennahmias, député européen, vice président du Modem, revient sur le « naufrage » de son leader aux législatives, mais considère, personnellement, faire partie de la majorité présidentielle

En retrait depuis les législatives, François Bayrou, président du Modem, fera sa rentrée politique le 28 septembre en Bretagne. Son Vice-président, Jean-Luc Bennahmias revient sur une fin de saison mouvementée.

Comment va Bayrou depuis son double échec?

L’homme est solide, même si ça n’enlève rien au naufrage. Pas à la présidentielle car réaliser 9% n’est pas déshonorant. En revanche, les législatives ont été un naufrage.

En voulez-vous au PS de ne pas l’avoir épargné aux législatives?

Ce n’est pas au PS que j’en veux. Ce n’est pas une surprise malheureusement. Le problème est que Hollande se laisse coincer dans la structure de l’ancienne union de la gauche. Pris d’un côté par le Front de gauche et de l’autre par le parti Vert, il n’a pas osé ouvrir sa majorité à d’autres formations politiques ou à d’autres personnalités. Le plus symbolique a été de laisser une candidate PS face à Bayrou.

Le choix de Bayrou de voter Hollande a divisé le Modem?

Ça dépend des endroits mais, dans l’ensemble, il n’y a pas eu de vent de fronde. Même si au fond d’eux-mêmes, certains n’en pensaient pas moins. Le choix de Bayrou de voter Hollande m’a moi-même surpris alors que j’avais appelé au même vote quinze jours plus tôt.

Le Modem peut-il devenir un allié de l’actuelle majorité?

Je me considére, avaec d’autres au Modem, comme faisant partie de la majorité présidentielle. Ce qui n’est pas le cas de tout le Modem. Sans aller trop vite, car ça ne dépend que du Président de la République qui, pour l’instant, ne fait pas de geste, j’essaie de défendre l’idée selon laquelle, dans la situation de crise où nous sommes, des majorités larges sont absolument nécessaires.

Borloo peut-il prendre le leadership du Centre?

Borloo est une personnalité fort sympathique sur laquelle je ne miserais pas un kopeck !
Sa crédibilité de constituer un pôle centriste indépendant, capable d’être en rapport de force avec l’UMP telle qu’elle est aujourd’hui, personnellement, je n’en crois pas un mot. Toutefois, certains au Modem pensent que c’est la ligne à défendre.

Quel bilan tirez-vous des cent jours de Hollande et Ayrault?

J’ai trouvé les critiques sur l’été de Hollande assez hallucinantes.

Qu’aurait-il pu faire de plus depuis qu’il est élu?

Que pensez-vous du coup de pouce au SMIC, à l’allocation de rentrée scolaire, la fin des heures sup défiscalisées?

On ne peut pas être contre. Bayrou a fait sa campagne sur ces thèmes-là. Mais, face aux crises que nous avons décrites pendant la campagne et qui sont là, les réponses apportées sont petites sans être négligeable. Le chômage continue de monter. Je ne le leur reproche pas car ce n’est pas de leur faute. Et ce n’est pas le retour des 150 000 emplois jeunes qui suffiront à rétablir une justice par rapport aux 18-25 ans.

Face aux plans sociaux, Montebourg peut-il réussir?

Le verbe à la Montebourg ne suffit pas. C’est gentil mais ça n’impressionne personne. Face à une telle situation, on a besoin d’une majorité extrêmement large capable de mobiliser les forces vives de manière importante, syndicats, confédérations associatives, monde politique au-delà des divergences droite-gauche, pour avoir un rapport de force conséquent.

Et Montebourg affirmant que le nucléaire est une filière d’avenir?

C’est de la provocation. ça montre aussi que même si tactiquement les Verts se sont bien débrouillés aux législatives, leur score extrêmement faible à la présidentielle, n’a pas échappé aux socialistes. Même s’ils ont un groupe parlementaire à l’Assemblée, au Sénat, et des ministres, fondamentalement, que pèsent-ils?

Ont-ils commis une erreur en entrant au gouvernement?

Non, mais ils ont eu tort de vouloir tout faire à la fois, c’est à dire montrer leur force tactique et leur faiblesse électorale fondamentale. Toutefois, quand je critique les Verts sur leur poids politique, je n’oublie pas que nous-mêmes, en dehors du poids de la parole, notre poids est assez faible.

Propos recueillis par André Fournon

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