Interview dans le JDD: Shadow Cabinet, l’Ouverture et la Diversité

Retrouver l’article sur le site du Journal Du Dimanche par Gaëlle Vaillant, édition du 21 Septembre 2010


A quelques jours de son université de rentrée, le Modem de François Bayrou s’est relancé mardi en lançant son « shadow cabinet », sorte de gouvernement parallèle chargé de faire des contre-propositions face à l’exécutif. Jean-Luc Bennahmias, ancien Vert, y est chargé des sujets de société, du sport et de la culture. Il explique au JDD.fr le rôle d’une telle structure et défend la place du Modem au sein du paysage politique français.

Le lancement d’un « shadow cabinet » (littéralement un « cabinet fantôme », lire ci-contre) au Mouvement démocrate (Modem) a-t-il pour objectif de démontrer votre capacité à diriger un pays?
Cette cellule de 22 personnes doit surtout montrer que le Modem existe encore, que François Bayrou n’est pas un homme seul et qu’il est épaulé par une équipe compétente, dynamique et implantée sur tout le territoire français. Nos détracteurs ne cessent pas de pointer la solitude, fausse, de notre président de mouvement. Nous allons donc leur démontrer le contraire.

A un an-et-demi de l’échéance présidentielle, le lancement de cette structure n’intervient-elle pas un peu trop tôt?
Nous sommes déjà dans la campagne présidentielle. L’exécutif prépare ses dossiers en vue de la campagne, le Parti socialiste ne cesse de parler de ses primaires, Europe Ecologie semble avoir déjà choisi sa candidate [Eva Joly, Ndlr]. Il est donc légitime de lancer notre préparation officielle en vue de la présentation, sans doute en mars 2011, d’un programme simplifié. Six mois de travail pour formuler des propositions concrètes et les annoncer aux Français, cela me paraît justifié.

Est-ce un moyen, pour les cadres de votre parti, de gagner en notoriété?
«Des propositions concrètes dans six mois»

Tous les membres du « shadow cabinet » pèsent au niveau local. Etre eurodéputé ou maire de villes moyennes comme Saint-Brieuc [Bruno Joncour], d’Arras [Jean-Marie Vanlerenberghe] ou de Mont-de-Marsan [Geneviève Darrieussecq] n’est par rien. Par ailleurs, il ne s’agit pas d’être plus ou moins présent dans la presse. Tant mieux si les médias se tournent vers les membres de l’équipe plutôt que vers François Bayrou, car cela montrera l’ouverture et la diversité de notre mouvement. Mais l’objectif principal reste la constitution de propositions concrètes d’ici six mois.

Vendredi prochain, l’université de rentrée du Modem s’ouvre à Giens (Var). Depuis plusieurs semaines, l’espace politique entre le PS et l’UMP est en pleine effervescence, des formations comme celles d’Hervé Morin ou de Jean-Louis Borloo tentant de se démarquer. Le Modem doit-il redéfinir sa place dans le paysage politique?
Certes, François Bayrou et une partie des cadres du Modem sont issus de feu l’UDF. Mais le Modem n’est pas destiné à s’inscrire dans le centrisme au sens traditionnel du terme. En tant qu’ancien Vert, j’en suis la preuve vivante. Certes, nous avons essuyé des aléas électoraux et difficiles. Nous en avons modestement tiré les enseignements. Mais cela ne modifie en rien le projet de départ qu’est le Modem: constituer une alternative capable de faire bouger les lignes.

Le centrisme est mort selon vous?
Il n’a en tout cas plus de raison d’être aujourd’hui. J’ai entendu Jean Arthuis ou François Sauvadet entamer une réflexion sur une nouvelle force centriste. Le sujet sera certes évoqué lors de notre université de rentrée [Jean Arthuis étant invité à Giens, Ndlr], mais ne nous leurrons pas: nous n’allons pas reconstruire l’UDF. Il suffit d’écouter le discours de ceux qui ont migré vers l’UMP. Le Nouveau centre va dans tous les sens, Hervé Morin ayant du mal à synthétiser son mouvement. Jean-Louis Borloo possède une aura, mais il est davantage associé, aux yeux de l’électorat, à l’UMP qu’à son Parti radical.

Pensez-vous que République solidaire, le mouvement de Dominique de Villepin, puisse rallier des sympathisants du Modem?
«Nous sommes mieux constitués qu’Europe Ecologie.»

L’attirance de la nouveauté est réelle. Mais pour fonctionner, une formation politique a besoin de nourrir d’idées ses militants. La moitié du discours de Dominique de Villepin est un copier-coller du dernier ouvrage de François Bayrou. L’ancien Premier ministre lorgne sur une frange de la droite plus sociale, qui se sent de plus en plus abandonnée au sein de l’UMP, mais il reste pour beaucoup l’homme du CPE. Va-t-il se racheter une santé sociale? Peut-il incarner un gaullisme en mal de porte-parole? Je n’en sais rien. Mais il se trouve dans une situation compliquée: il doit, avant 2012, constituer un groupe parlementaire pour gagner du temps de parole, alors que Nicolas Sarkozy peut acheter beaucoup de villepinistes [Georges Tron, fidèle de Dominique de Villepin, a par exemple intégré le gouvernement lors du dernier remaniement, Ndlr]. De plus, il possède peu de temps électoraux [des sénatoriales à l'automne 2011, Ndlr] pour faire ses preuves avant la présidentielle. Et s’il tient jusque-là, je pense qu’une petite partie, seulement, de notre potentiel électorat hésitera entre François Bayrou et Dominique de Villepin.

Europe Ecologie a en revanche gagné ses galons électoraux, et se pose, comme vous, en alternative aux grands partis traditionnels…
Les électeurs qui hésiteront entre le Modem et Europe Ecologie sont effectivement plus nombreux. Il nous faudra absolument expliquer nos différences de fond comme de forme avec cette nébuleuse politique. Nous avons toutefois l’avantage d’être mieux constitués. Europe Ecologie n’est qu’au début de son évolution et ses membres devront faire de nombreuses concessions afin de parvenir à l’unité. Tout cela dans un temps très court. La mentalité d’une Eva Joly ou d’un Daniel Cohn-Bendit est très différente de celle des Verts. Ces derniers sont adeptes du moratoire continuel. Dès que quelque chose ne va pas, ils demandent un moratoire avant de proposer. Les Français n’attendent pas une opposition systématique, mais une alternative.

En juin puis fin août, François Bayrou a dit pouvoir s’accommoder avec Dominique Strauss-Kahn s’il était le candidat socialiste à la présidentielle. Dans cette situation hypothétique, le Modem cherchera-t-il à former une coalition?
Entrer dans un gouvernement de coalition est la raison d’être du Modem. Nous voulons pouvoir entrer au gouvernement afin de faire bouger les lignes au sein de l’exécutif. Donc, si Dominique Strauss-Kahn revient aux affaires et s’il impose au PS le retour de la social-démocratie, nous pourrions composer avec lui. Mais cet argument vaut pour toute autre formation politique qui accepterait un échange constructif avec nous. L’élection présidentielle de 2012, c’est le top départ. S’ensuivra, je l’espère, une réflexion pour relancer, sur tous les plans, notre pays. D’ici là, le Modem doit, et va, s’inscrire dans le débat public et montrer aux Français qu’il existe toujours.

Recherche

Présence Web

Liens

Slideshow image

"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point