Discriminations: tous les Roms ne sont pas des délinquants

Une nouvelle fois ces jours-ci, les Roms sont au cœur de l’actualité. Entre caricatures, mensonges et approximations, les Roms ont mauvaise presse. Encore ce matin sur les ondes, les discours politiques -et en premier lieu celui du Ministre de l’Intérieur, M.Valls- reflètent la politique de l’autruche et nient l’extrême complexité de la situation de ces populations en Europe.

Rappelons que les Roms, venant en majeure partie de Bulgarie et de Roumanie (mais aussi de Hongrie) sont des citoyens européens qui émigrent car ils sont victimes de discriminations voire de persécutions dans leurs pays d’origine.

En tant que citoyens européens, ils ont droit au respect de leur dignité. Ils ont droit aussi à la libre circulation même s’ils ne sont pas -encore- dans l’espace Schengen. Par ailleurs, au moment de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union européenne, certains États ont obtenu la possibilité de mettre en place des mesures transitoires pour restreindre l’accès au marché du travail des Roumains et Bulgares.

Alors qu’elles ont déjà été levées dans une majorité d’États membres, la France fait partie des derniers États à utiliser ces restrictions. Étant transitoires, ces mesures ont toutefois vocation à disparaitre complètement (d’ici au 1er janvier 2014). Plusieurs études menées par la Commission européenne démontrent le faible impact de l’adhésion de ces pays sur les flux migratoires internes à l’UE. Les principales destinations de ces citoyens sont l’Espagne et l’Italie. La migration des Roms concerne par ailleurs tous les pays européens, et pas seulement la France. Les études mettent aussi en avant l’impact négatif des restrictions d’accès au marché du travail (développement du travail illégal). Car il faut arrêter l’hypocrisie: on reproche aux Roms de ne pas s’intégrer, mais avec les dispositions transitoires, on les empêche de travailler!

Il faut mettre fin aux dispositions transitoires et faire entrer la Roumanie et la Bulgarie dans l’Espace Schengen. Rappelons que l’adhésion de ces pays n’a été possible que parce que tous les États membres de l’Union ont donné leur accord. Il faut donc à la fois mettre les pays d’origine face à leurs responsabilités et leurs négligences, pour que la situation des Roms s’améliore en Bulgarie, en Roumanie ou encore en Hongrie – et pour cela s’assurer que les fonds européens destinés à améliorer les conditions de vie de ces populations soient utilisés à bon escient. Mais cela prendra du temps; il faut donc aussi, sur nos territoires, leur permettre de vivre dans des conditions décentes, leur donner une chance de s’intégrer.

La politique d’expulsion ne fait que déplacer le problème. La politique d’insertion doit être relancée. Elle ne peut pas être laissée à la seule charge des collectivités comme elle ne peut faire l’impasse sur la question de l’acceptation sociale. En France, une partie des fonds européens pourrait -et devrait- être mobilisée sur de tels projets (Centres d’accueil, prise en charge scolaire et familiale spécifique…). Des marges de manœuvre existent mais elles nécessitent de sortir des raccourcis rapides et de la stigmatisation pour réfléchir à des solutions pérennes.

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"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point