Bennahmias: « Une histoire se termine avec le MoDem »

 Bennahmias-congresBennahmias: « Une histoire se termine avec le MoDem »

Interview au Journal La Provence :

L’eurodéputé se met en congés et soutient les listes de Patrick Mennucci

Le divorce est consommé. Enfin, serait-on tenté de dire, tant il a traîné. François Bayrou, président du MoDem et Jean-Luc Bennahmias, son vice-président, n’avaient plus rien à se dire. Dans une lettre de quasi-rupture cinglante, début février, le Palois qui conduit une liste soutenue par l’UMP aux municipales, demandait à son ami marseillais de soutenir Jean-Claude Gaudin ici. Et de ne pas s’allier une gauche qu’il juge « clientéliste. » Fin de non-recevoir de la part du député européen qui, hier après-midi, a confirmé qu’il rejoignait, avec Christophe Madrolle et d’autres, les listes de Patrick Mennucci, candidat PS – EE-LV à l’hôtel de ville. Et souligné que l’histoire se terminait avec le mouvement centriste, dont d’autres, partis avec l’UMP, sont prêts à reprendre un drapeau en lambeaux. « Il est certain qu’ils prennent le risque d’une mise en congé définitive du mouvement », nous glissait hier matin François Bayrou. Il rendra une position officielle aujourd’hui. Désormais sous la bannière « Les Démocrates marseillais », Christophe Madrolle qui sera 4e sur la liste de Marie-Arlette Carlotti dans les 4e-5e et Jean-Luc Bennahmias qui a choisi de n’être sur aucune liste, ont d’autres chats à fouetter. À commencer par le Parlement européen, où le second nommé se trouve sans famille. À moins que le PS national lui trouve un refuge.

Votre mise en congés du Mo-Dem est-elle définitive, comme le présume François Bayrou?

Oui, c’est la logique même. Une histoire se termine avec le MoDem. Elle s’arrête sur une incompréhension globale. Notre cohérence avec Christophe Madrolle et les autres est pourtant totale. Nous n’avons jamais rien caché sur notre appartenance à une philosophie de centre gauche. Nous avons toujours regardé ce que faisait François Bayrou avec les yeux grand ouverts. Lui, en revanche, n’a jamais vu la situation de la gauche à Marseille.

Sa vision serait-elle trop simpliste?

Il faut arrêter avec la gauche des brigands et la droite humaniste. Ce n’est pas vrai. C’est beaucoup plus compliqué que cela. Il suffit d’être un peu ici pour le savoir. Or, cette polémique n’a jamais cessé.

En est-ce fini du MoDem?

Nous ne sommes pas les premiers à avoir tenté de construire une troisième voie dans ce pays. Avant nous, il y a eu Michel Jobert, Jean-Pierre Chevènement, Europe Écologie… Les institutions de la Ve République font que ça foire. On est toujours poussé à aller dans un camp ou dans un autre. Ce qui est paradoxal, c’est que les électeurs ont intégré la fin du clivage gauche-droite, malgré le bla-bla des politiques.

La rupture est-elle totale au sein de votre ex-mouvement ?

La rupture est totale à Marseille, comme elle l’est dans beaucoup d’autres villes de

France. Malgré le baratin sur les accords ficelés ici ou là. Le cas de Paris, où la moitié du MoDem est parti avec la gauche, est typique. Nous sommes dans la fin d’une histoire et tout cela est drivé d’une main de maître par Nicolas Sarkozy.

Comment cela?

Jean-Louis Borloo est alité pour trois mois. Il se fiche de Marseille comme de sa première chaussette et n’a pas d’amitié particulière pour Jean-Claude Gaudin. En son absence, il est facile d’instrumentaliser le centre-droit.

En quittant le MoDem, vousrisquez de perdre votre place au Parlement européen…

Je vais me retrouver complètement nu en juin, coincé. Mais jene suis pas aigri. Si suivre l’alternative UDI – MoDem, c’est faire le jeu du centre-droit, ce n’est pas possible. C’est une question de philosophie politique. Au PS, certains essaient de me placer, mais je sais que c’est très compliqué. Ce n’est rien. Je n’ai pas besoin de la politique pour vivre. Je ne serai pas non plus sur les listes PS – EE-LV aux municipales.

Pour quelle raison?

Parce que je prendrais alors la place de mes petits camarades. Je n’y tiens pas. Je soutiens Mennucci par c e q u ’ i l est l’alternative. Il a accepté sans difficultés nos quinze propositions sur la transparence, les transports et le reste. Il a le meilleur programme. Et je trouve insupportable que Jean-Claude Gaudin ne sache pas s’arrêter, à son âge et après trois mandats, alors que Marseille est l’une des villes les plus jeunes de France.

Recueilli par François TONNEAU

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"A lire, le Nouvel optimisme de la volonté" paru dans le Point