2012 : Les politiques publiques sportives seront aussi un combat

Le sport dans la campagne présidentielle

Dans quelques semaines s’ouvriront les Jeux Olympiques de Londres. Le sport s’offrira une nouvelle tribune exceptionnelle. En attendant la flamme et à quelques semaines des élections présidentielles, le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) a interpellé les candidats sur leur programme pour le sport. Un domaine qui mérite toute notre attention alors qu’il a été qualifié de  « cinquième roue du carrosse électoral » par un grand quotidien français le 3 mars dernier. Au terme de cinq années – et autant de ministres – durant lesquelles le gouvernement s’est largement contenté du service minimum, à défaut d’un casting ministériel dit « flamboyant », ce n’est franchement pas un hasard si le sujet est devenu inaudible. Rappelons-le avec ambition: oui, le sport est aussi un projet politique.

Responsable public engagé sur cette thématique avec passion, je défends depuis des années, avec d’autres, l’idée que le sport est un sujet sérieux, un enjeu de société. Dans ses implications concrètes, tant dans sa dimension amateur que professionnelle, le sport touche l’ensemble de nos concitoyens. Il requiert ainsi une vision économique, sociale et plus encore sociétale fondamentale. Cette dernière se fait aujourd’hui et depuis longtemps cruellement attendre. Des promesses n’ont pas été tenues: « Le sport c’est plus important que tout », disait Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007, s’engageant alors à consacrer 3% du budget de l’Etat au sport. Il n’en a rien été, la part allouée au sport étant de 0,15% actuellement. Dans cette période difficile pour la France, il faut arrêter de faire des promesses qui ne seront pas tenues et dire la vérité: nous ne pourrons pas augmenter le budget dans l’immédiat, il nous faut donc trouver des financements innovants, réfléchir à de nouveaux biais pour financer une politique sportive ambitieuse. Cela pourrait, par exemple, prendre la forme d’une augmentation de la taxe sur les paris sportifs qui financerait davantage le sport amateur, le sport loisir et le sport adapté.

Le sport, dans ses grands enjeux, relève également de la santé publique et de la politique éducative. Que ce soit par l’intermédiaire du sport spectacle, d’une activité professionnelle, de leur sport favori, de la recherche de bien-être et de la santé, ou encore par la pratique sportive scolaire, presque chaque français a un lien particulier avec l’activité physique et sportive. Le sport s’inscrit et s’imprime dans une politique qui peut rendre, pourvu que l’on s’y attache, la cohésion sociale plus concrète ainsi que notre vie en société plus conviviale, plus valeureuse. En cela, il doit pouvoir contribuer de façon décisive à une société plus unie, dynamique et solidaire.

A l’heure d’un rendez-vous politique déterminant pour les citoyens, je tiens à définir les contours d’une nouvelle ambition pour le sport.

L’école : de la maternelle à l’université. Ces institutions républicaines doivent être un portail pour l’éveil et le développement de l’activité physique et sportive

La question du sport et celle de l’éducation doivent être étroitement liées, notamment en matière de lutte contre les inégalités scolaires. L’activité physique et sportive est une réelle valeur ajoutée pour l’éveil des enfants, il est important de le reconnaitre comme tel et de prendre les dispositions nécessaires pour lui rendre sa pleine dimension dans les programmes scolaires. Mettre l’accent sur les fondamentaux dans l’éducation suppose d’accorder aussi une place conséquente au sport.

Proposition 1 : Encourager significativement le sport à l’école dans le cadre  du réaménagement des rythmes scolaires ainsi que développer les liens entre fédérations sportives et éducation nationale. Cela contribue également à améliorer  l’accès aux sports pour les jeunes, quelque soit leur classe sociale.

Proposition 2 : Consolider les passerelles entre l’éducation et le mouvement sportif: du fait des taux élevés d’échecs sportif et scolaire dans les sections sports-étude et dans les centres de formation sportive, nous devons renforcer les systèmes permettant aux jeunes d’effectuer un double projet sportif et scolaire, afin qu’ils ne soient pas confrontés au choix sport ou école sans avoir obtenu les savoirs fondamentaux ni construit un projet professionnel alternatif.

Proposition 3 : Multiplier les sections sportives de proximité, afin de limiter l’échec des jeunes en section sport, souvent lié à l’éloignement du milieu familial. L’enjeu est donc d’éviter de rompre cet équilibre à un moment où, dans la recherche de la performance, le socle social et familial est primordial. Nous appelons donc à déployer les sections sport-études régionalement plutôt que de les concentrer en un seul lieu.

Proposition 4 : Réformer la notation des élèves pour qu’elle soit davantage individualisée, véritable reflet de la progression de chaque élève indépendamment de ses prédispositions au sport, et qu’elle corresponde ainsi à la performance individuelle, l’investissement fourni, les progrès de chaque élève.

Proposition 5 : Renforcer les partenariats entre les écoles et les clubs sportifs afin de faire bénéficier au plus grand nombre les infrastructures sportives de haute qualité

Le sport, un potentiel d’intégration sociale sous-exploité: lui rendre toute sa fonction sociale:

En effet, au delà du sport professionnel, le sport est un facteur d’inclusion sociale qui est fondamental, c’est pourquoi « le sport pour tous » doit être une priorité. Contrairement à ce que l’on a pu entendre, ce n’est pas le sport en lui-même qui participe à l’intégration sociale des individus, mais le sport constitue un formidable support pour que les personnes qui souhaitent s’intégrer le fassent dans un cadre différent, plus adapté aux échanges sociaux entre les personnes et même, bien souvent, dans un cadre plus convivial. Il est le reflet du modèle de société auquel nous aspirons.

Par ailleurs, la grande majorité du bénévolat en France s’effectue dans le cadre des associations sportives (3.5 millions de bénévoles). En amateur, dans les associations, le sport est pratiqué par une large majorité de la population: 65% d’entre eux déclarent pratiquer au moins une fois par semaine et il y a environ 16 millions de licenciés sportifs.

Il est également primordial de prendre en compte rapidement la complexité croissante de la règlementation qui pèse sur les bénévoles. De ce fait, il est nécessaire que l’Etat accompagne les bénévoles de meilleure façon en leur apportant conseils et assistance.

Alors que de nombreux jeunes s’investissent avec passion dans le cadre d’une activité extrascolaire dans l’encadrement ou l’arbitrage sportif, nous devons:

Proposition 6 : Revaloriser la richesse apportée par les activités de bénévolat tant dans le parcours de formation que dans les compétences acquises pour le profil professionnel et dans la prise en compte sensible des droits à la retraite (pour les bénévoles qui ont des rôles et des charges prédominantes dans les associations. Cela peut être mené à bien grâce au système de retraite à points).

Le sport s’avère fédérateur, créateur d’ambition dans le cadre des compétitions amateurs. Il faut qu’il permette aux jeunes en déshérence sociale qui, faute de ressources ou de confiance, ne poussent pas les portes des clubs.

Le sport est très clairement un élément du lien social qui unit un peuple, il favorise la cohésion et la mixité sociale par l’intégration des minorités. Dans une société qui tend à l’individualisme forcené et à la division, ceci ne peut être pris à la légère.

Le sport santé et bien-être: une force à valoriser

Je soutiens vivement la démarche visant à promouvoir les bienfaits de la pratique sportive sur la santé et le bien-être de nos concitoyens valides ou non. Réduction des maladies cardio-vasculaires, lutte contre l’obésité, le sport est un enjeu de santé publique. Que ce soit pour faire face à certaines pathologies, aux excès de prescription de médicaments ou pour contrer la sédentarisation des citoyens en milieu urbain, le sport est pour nous incontournable:

Proposition 7: Il faut renforcer le rôle du sport médicament ou utilisé comme adjuvent thérapeutique dans le cadre des mesures de santé publique.

A travers les élus- dont je fais partie- au Parlement européen, nous appuierons la dimension santé et bien-être du sport dans la toute nouvelle dimension européenne du sport initiée par la Commission européenne. Dans cette optique, l’Union européenne a prévu de se doter d’une ligne budgétaire spécifique pour le sport pour 2014, à la France d’utiliser efficacement les crédits qui lui sont potentiellement alloués.

Parité hommes-femmes: combler le retard  au plus vite

Encore victimes de stéréotypes véhiculés notamment par les médias, les femmes n’ont pas un accès égal aux hommes dans de nombreuses disciplines sportives. A ce titre, la très faible couverture médiatique des évènements sportifs féminins est intolérable.

Proposition 8 : Garantir une indispensable diffusion équilibrée sur les chaînes du service public des évènements féminins à dimension européenne et internationale, et plus globalement des sports dits « minoritaires ».

Proposition 9 : Encourager en amont la participation des femmes au cœur des instances exécutives de gestion des clubs, associations et fédérations sportives mais également des organisations sportives nationales et même internationales.

Le sport pour tous: devancer les faiblesses liées à l’accès au sport pour les non-valide

L’enjeu est de réaliser l’accès au sport pour tous: en particulier l’accès à la pratique du sport pour les personnes handicapées physiques et mentales.

Proposition 10: Les organismes handisports comme ceux du sport adapté remplissent un rôle essentiel pour l’intégration sociale, la valorisation des compétences et l’épanouissement des individus. Ces structures doivent donc être pleinement reconnues et soutenues dans leurs actions, notamment en s’assurant que les infrastructures permettent une pratique adaptée du sport.

Le sport professionnel, et notamment le football, sur une ligne de crête: rationaliser le sport professionnel:

Le sport professionnel, et notamment celui qui capte le plus la lumière, le football, est l’objet, voire la proie, d’une bulle qui menace d’exploser. Pris dans les mailles de son hubris, il est urgentissime de protéger son intégrité en améliorant la gouvernance au sein des fédérations et des clubs sportifs afin de concrétiser le principe européen du fair-play financier. Le principe est clair: aucun club sportif ne devrait pouvoir dépenser plus que ce qu’il gagne. Que le mérite et le talent soient récompensés, que les ressources que le sport génère, soient partagées équitablement, cela va de soi, mais soyons lucides. La bulle du sport professionnel est, à tout instant, vouée à l’explosion comme les autres bulles spéculatives, car l’argent brassé par milliards n’est bien souvent pas connecté à la réalité économique. Qui plus est, loin des paillettes, le recyclage d’argent sale et la corruption se sont diffusés avec plus ou moins de finesse dans la quasi indifférence générale mais surtout dans l’inaction des responsables politiques. Cela ne doit plus durer. Il est nécessaire, tout comme nous devons le faire dans la gestion de l’Etat, d’établir une séparation des pouvoirs ainsi qu’une bonne gestion des ressources financières, de choisir la promotion de certaines valeurs et d’en assumer la mise en œuvre.

Il est donc temps de remettre des règles:

Proposition 12 : Exiger une séparation des pouvoirs au sein des fédérations sportives, en assurant un équilibre des responsabilités et des gouvernances plus collégiales des fédérations sportives

Proposition 13 : Améliorer la gouvernance financière: en mettant en œuvre le fair play financier assurer un suivi des sources d’argent injecté dans le sport. En cela, les prérogatives de la DNCG doivent être complétées.

Proposition 14 : Normaliser les règles relatives au droit du travail dans le sport professionnel: en encourageant la négociation salariale avec le mouvement sportif européen ainsi qu’en réglementant sérieusement la profession d’agent sportif.

Proposition 15 : Sanctionner les excès du sport professionnel: en interdisant les transferts commerciaux des sportifs mineurs, en créant un délit de fraude sportive, notamment pour sanctionner les paris sportifs illégaux et en luttant concrètement contre le trucage massif des matchs.

A contrario, de nombreux sportifs de haut niveau tombent dans le gouffre de l’inactivité, de la solitude et du désarroi, une fois leurs carrières terminées; ils subissent de plein fouet le sentiment d’abandon d’un univers pour lequel ils ont tout donné, parfois en délaissant des études, et qui les laisse pour compte, sur le bas côté, quand le temps de la retraite a sonné.

Il faut aussi davantage impliquer les sportifs dans la prise de décision pendant leur carrière sportive, puis les accompagner dans leur vie « d’après »:

Proposition 16 : Impliquer les sportifs dans les grandes décisions des fédérations sportives via leur intégration au conseil d’administration. Les sportifs sont les principaux destinataires des grandes décisions, d’où l’importance qui doit leur être accordée.

Proposition 17 : Réaliser une enquête approfondie sur la reconversion des sportifs de haut-niveau et des sportifs professionnels afin de trouver une série de mesures techniques et les mécanismes de financements permettant aux sportifs de continuer leur vie professionnelle après leur carrière sportive, et ce, dans le sport ou hors du champ sportif

Dans la course parfois effrénée à la performance, la résistance du dopage reste un problème explosif de santé publique à traiter.

Dopage, tricherie, corruption, violence, racisme, homophobie…le sport professionnel est souvent pointé du doigt, il est donc crucial de conserver son intégrité. C’est une question d’exemplarité et de crédibilité du sport.

Pour les sports dans lesquels la dimension économique est centrale, il apparait fondamental de traiter les questions d’éthiques plus globalement.

Proposition 18 : En collaboration avec l’AMA (Agence mondiale anti-dopage) et l’AFLD (Agence française de lutte contre le dopage), nous devons  renforcer les contrôles antidopage grâce à l’intervention de médecins indépendants et à l’expertise de ces deux agences qui doivent agir en synergie;

Proposition 19 : Traiter les questions d’éthiques plus globalement en consolidant les comités d’éthique pour toute fédération sportive et en effectuant des contrôles adaptés aux pratiques sportives.

Dans ces actions, la France n’est évidemment pas seule, elle évolue dans un cadre européen: l’Union européenne est sur le point de se doter d’un budget sport tandis que le Conseil de l’Europe possède déjà des textes contraignants sur nombre de sujets relatifs au sport. N’oublions donc pas la plus value que  représente une action européenne

C’est à ce niveau que doit être défendue la notion de spécificité du sport. L’action au niveau européen doit servir de tremplin au système français et à l’échange des bonnes pratiques. Ce concept de spécificité du sport européen ne saurait rester un concept flou. Il s’incarne concrètement grâce à des  programmes financiers permettant la mise en œuvre de projets associant les collectivités locales, les Etats membres, le secteur associatif et les entreprises privées. La solidarité entre le sport professionnel et le sport amateur en est l’illustration la plus saisissante : il faut la renforcer !

Le sport : des enjeux nouveaux pour des problématiques actuelles

Il me semble fondamental qu’il y ait un équilibre territorial des infrastructures sportives: pour tout projet de développement régional, qu’il soit urbain ou rural, il faut inclure la dimension du sport. Que ce soit dans une optique de maintenir la vie commune et la présence des jeunes dans les campagnes ou de canaliser l’effervescence et la demande croissante d’infrastructures sportives des villes, l’enjeu est de veiller à un équilibre des territoires dans le développement des projets en relation avec le sport.

Proposition 20: Dans le cadre la réforme des collectivités territoriales, le sport doit prendre toute sa place dans la répartition des compétences. Aucune collectivité ne doit pouvoir se désintéresser du sport.

Il est nécessaire que l’Etat, les collectivités territoriales, le mouvement sportif et les sportifs travaillent directement en synergie pour mener à bien une politique ambitieuse.

Par ailleurs, la crise économique et financière à laquelle nous faisons face contribue à l’atmosphère de frilosité qui touche les investisseurs et les dépenses publiques liées au sport. C’est pourquoi, il est nécessaire de redéfinir et consolider le financement du sport.

Proposition 21: Développer des partenariats vertueux entre le mouvement sportif, les acteurs publics et les investisseurs privés ainsi que les pôles de compétitivité dans le sport.

Les entreprises du sport contribuent à la croissance de la France. Au vu des bénéfices qu’elles sont capables d’engranger:

Proposition 22: Ces entreprises doivent restituer au sport une part de leurs bénéfices de façon directe ou indirecte (notamment à travers le mécénat).Le mouvement économique doit pouvoir nourrir le mouvement sportif afin que l’on arrive à construire un sport moins consommateur de crédits publics.

Les enjeux liés au sport sont à la fois nouveaux et s’inscrivent dans la continuité de ceux qui se sont imposés depuis l’apparition du sport moderne. A nous tous de saisir le sport tel qu’il est pour qu’il devienne porteur de ce que nous voulons: un modèle de société solidaire et dynamique.

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